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La Force du dessin au Petit Palais, entretien avec Louis-Antoine Prat

Nouvellement ré-ouverte, l’exposition de la collection des dessins de Véronique et de Louis-Antoine Prat, La Force du dessin, au Petit Palais, présente 184 dessins d’une qualité exceptionnelle et d'une force qui se voit au premier coup d’œil !


Pour cette réouverture, nous avons rencontré Louis-Antoine Prat : l’occasion de discuter d’histoire du dessin, de marché de l’art et de projets à venir….


Louis-Antoine Prat, que l’on ne présente plus, commence sa collection dans les années 1970. Avec son épouse, ils suivent les cours sur le dessin nordique à l’École du Louvre et commencent à collectionner. D’abord, raconte-t-il pour l'anecdote, en achetant un premier dessin de Max Ernst, représentant un portrait d’André Breton, dans une galerie du 8e arrondissement (celui-ci ne fait plus partie de leur collection depuis). Avant même ses travaux monumentaux sur Watteau, sur Poussin ou encore sur Chassériau, et parallèlement à ses acquisitions de dessins plus modernes, il commence à acheter des dessins anciens, allant de la fin du XVIe au XVIIIe siècle. Par le fruit du hasard, mais aussi par le biais d’études et de longues recherches - sa fonction d’historien de l’art lui permet, nous dit-il, d’être sélectif - il réunit, en près de vingt ans, plus de mille dessins européens du XVIe au XXe siècle. À partir des années 1990, il décide de resserrer sa collection et de se concentrer exclusivement sur le dessin français de 1624-1627, date de l’arrivée de Poussin à Rome et du retour de Vouet en France, à la fin du XIXe siècle.


Nicolas Poussin, Pluton enlevant Proserpine, plume et encre brune, lavis brun, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.

Simon Vouet, Femme en buste tenant une urne, pierre noire et rehauts de blanc, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.


En 1995, a lieu une première exposition de sa collection au musée du Louvre, sous l'égide de Pierre Rosenberg : il s’agit de la première de ce type - une collection privée - en France. Elle avait déjà été présentée aux États-Unis et au Canada sous le titre « De main de maître, Trois siècles de dessins français dans la collection Prat ».


Près de 25 ans séparent donc la première exposition du Louvre de celle qui est maintenant proposée au Petit Palais. Et bien des choses ont changé. En effet, Louis-Antoine Prat entend présenter « la vitalité sans cesse renouvelée » du dessin français, une vitalité toujours présente dans sa collection, qui est souvent repensée, ré-élaborée, avec un à deux achats de dessins chaque année. Une centaine d’artistes sont représentés: un charmant Simon Vouet, un beau Jacques Stella, des études magistrales de Charles Le Brun, de rarissimes Nicolas Poussin, un sublime Jean-Baptiste de Champaigne, un digne Hyacinthe Rigaud, le génie d'Antoine Watteau, l'inévitable Eugène Delacroix, un fascinant Edgar Degas, en passant par de précieux Jean-Auguste-Dominique Ingres, pour finir avec Paul Cézanne et Georges Seurat. Louis-Antoine Prat affirme sa volonté de créer un cheminement homogène dans sa collection.


Eugène Delacroix, La Cène, 1862, plume et encre brune, lavis brun, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.

Odilon Redon, Tête suspendue par une chaîne, 1881, fusain sur papier beige, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.


À l’intérieur du Petit Palais, l’exposition des feuilles, joliment présentées sur les cimaises et sur les tables à dessin, donne l’impression que nous sommes dans un intérieur de collectionneur privé. Dans la dernière pièce, notre œil est aspiré vers le dessin qui clôt l’exposition, celui d'Odilon Redon, représentant, une Tête suspendue par une chaîne. Ce dessin - daté par Roseline Bacou de 1881- est l’un des plus importants noirs de l’artiste, le plus imposant et le plus inquiétant.


En suivant Louis-Antoine Prat dans la salle, il pointe du doigt ses dessins de Delacroix, en particulier, la série dessinée à la plume et à l’encre et au lavis brun, qu’il a pu reconstituer au fils du temps. Parmi les feuilles dispersées, entre le Louvre, la Kunsthalle de Brême, le Museum of Art de Princeton, le musée de Picardie à Amiens ou encore le musée national de Roumanie à Bucarest, quatre se trouvent dans ladite collection Prat.


Georges Seurat, La femme accoudée à un parapet, crayon Conté, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.


Le collectionneur passionné s’arrête également devant ses deux feuilles de Seurat. D’une qualité exceptionnelle, les dessins sont réalisés à partir d’une technique du noir et blanc, technique qui lui permet de traduire sa théorie du contraste en l’appliquant au clair-obscur.


Pierre Paul Prud'hon, La Fortune, crayons noir et blanc sur papier bleu, Paris, Musée du Louvre, don sous réserve d'usufruit, Véronique et Louis-Antoine Prat, inv. RF 44331.


Enfin, nous ne pouvons pas faire l’impasse, le carton de Prud’hon - logo de l’association Bella Maniera - est présenté sur l’une des tables à dessin de l’exposition ! Splendide et d’une force sans égale, La Fortune, est l’un des douze mascarons du décor du grand salon de la Richesse de l’hôtel de Lannoy.


Eugène Isabey, La reine Victoria reçoit Louis-Philippe à bord de son yacht royal au Tréport, 1843, aquarelle, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.

Luc-Olivier Merson, Étude pour l'Escalier des fêtes de l'Hôtel de Ville, crayon noir, rehauts de blanc, coll. Véronique et Louis-Antoine Prat.


Comme cela a été fait lors de l’exposition au Louvre, en 1995, à l’issue de laquelle, les époux Prat ont réalisé un don, sous réserve d’usufruit, de 12 dessins, le Petit Palais se voit à son tour être doté de deux nouveaux dessins : une aquarelle d’Eugène Isabey représentant La Reine Victoria recevant Louis Philippe au Tréport, qui provient de la collection du père de Louis-Antoine Prat, et une Étude pour l’Escalier des fêtes de l'Hôtel de Ville, réalisé par Luc-Olivier Merson.


Pour la suite, peut-être une escale en Espagne, en Allemagne pour la collection ; mais pour l’instant rien de certain en ce qui concerne les lieux qui accueilleront dans le futur la présentation de la collection de Louis-Antoine Prat. Nous lui posons également la question sur le devenir de ses dessins : le Louvre, Orsay, le musée du Grand Siècle ou le Petit Palais ? Ce dont Louis-Antoine Prat est sûr, c' est qu’il veut empêcher que sa collection soit dispersée et dans tous les cas la marque de sa collection restera inscrite sur les dessins pour s’en souvenir !


Conseils pratiques !


Trois mots d’ordre, pour l’achat d’un dessin, selon Louis-Antoine Prat:

les rencontres, la rapidité et la méfiance !


Informations complémentaires !


Les publications de Louis-Antoine Prat portent non seulement sur l’histoire de l’art et du dessin, mais aussi dans une autre dimension, sur celle, du roman et de la nouvelle. Nous vous invitons à découvrir sa dernière publication : L’imprudence récompensée, éd. El viso, 2020.


Et bien sûr, le catalogue de l’exposition : La Force du dessin. Chefs-d’œuvre de la collection Prat, éd. Paris Musées, 2020.


Merci !


Nous tenons à remercier Louis-Antoine Prat d'avoir accepté cet entretien !


En attendant notre visite de la rentrée 2020, l’équipe Bella Maniera vous souhaite un très bel été !

© 2020 Bella Maniera